{"id":3077,"date":"2017-06-26T12:13:33","date_gmt":"2017-06-26T10:13:33","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.pierreeliedepibrac.com\/?p=3077"},"modified":"2017-06-26T12:17:12","modified_gmt":"2017-06-26T10:17:12","slug":"le-regard-du-collectionneur-olivier-ponsoye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.pierreeliedepibrac.com\/?p=3077","title":{"rendered":"Le regard du collectionneur \/ Olivier Ponsoye"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Texte de <strong>Olivier Ponsoye<\/strong>, collectionneur d&rsquo;art, publi\u00e9 dans mon livre In Situ &#8211; Dans les coulisses de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le photographe Pierre-Elie de Pibrac m\u2019a demand\u00e9<br \/>\nd\u2019\u00e9crire quelques lignes, en tant que collectionneur, sur son<br \/>\ntravail avec le Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, je me suis interrog\u00e9<br \/>\nsur la d\u00e9marche qui consiste \u00e0 parler d\u2019un artiste qui immortalise<br \/>\nd\u2019autres artistes dans d\u2019autres disciplines. Exercice<br \/>\np\u00e9rilleux et intime, car en r\u00e9alit\u00e9 il ram\u00e8ne d\u2019abord \u00e0 la question<br \/>\nde savoir quel collectionneur est-on et quel lien a-t-on<br \/>\navec l\u2019artiste et sa cr\u00e9ation.<br \/>\nL\u2019on dit souvent d\u2019une collection que c\u2019est une autobiographie<br \/>\nvivante guid\u00e9e par un principe, une id\u00e9e, que parfois<br \/>\nseul le collectionneur conna\u00eet mais qui l\u2019obs\u00e8de. Pour ma<br \/>\npart, je suis depuis toujours attir\u00e9 par l\u2019esth\u00e9tisme, le go\u00fbt<br \/>\ndu beau, le portrait, les coloristes, la valeur symbolique et<br \/>\nhumaniste, l\u2019intelligence enfin. Intelligence de l\u2019esprit et de<br \/>\nl\u2019oeuvre. Je ne suis pas un collectionneur de la rupture mais<br \/>\nun amateur de l\u2019intemporel dans l\u2019art, jusqu\u2019\u00e0 m\u00eame dans l\u2019innovation.<br \/>\nMes ma\u00eetres \u00e0 penser sont Piero de la Francesca,<br \/>\nBonnard, Matisse et Balthus. J\u2019aime les photographes travaillant<br \/>\nla puret\u00e9 dans la lumi\u00e8re, l\u2019id\u00e9e de r\u00e9p\u00e9tition comme les<br \/>\nAllemands Andreas Gursky et Thomas Struth, mais aussi la<br \/>\nconstruction picturale et l\u2019humanit\u00e9 d\u2019un Cartier-Bresson.<br \/>\nLe lien \u00e9tait donc \u00e9vident. Pierre-Elie est anim\u00e9 par le go\u00fbt<br \/>\ndu beau, ses images sont humanistes et sensibles. C\u2019est un<br \/>\nhumaniste curieux et exigeant avec lui-m\u00eame qui allait se<br \/>\nconfronter au quotidien d\u2019artistes eux-m\u00eames guid\u00e9s par une<br \/>\ndiscipline exemplaire dans le but de dompter les corps, ma\u00eetriser<br \/>\nles mouvements et les gestes. Comprendre les transformations<br \/>\nde la souffrance physique et de la rigueur mentale<br \/>\nen beaut\u00e9 parfois quasi extatique est aussi un d\u00e9fi pour<br \/>\nle photographe qui joue avec l\u2019instant et la d\u00e9composition<br \/>\ndes mouvements. Depuis le d\u00e9but de son travail, Pierre-Elie<br \/>\nde Pibrac est en recherche sur les m\u00e9canismes de transformation<br \/>\nde la lumi\u00e8re, des couleurs, des mat\u00e9riaux et du geste.<br \/>\nDans la danse, le complexe et l\u2019ach\u00e8vement ultime r\u00e9sident<br \/>\ndans le statisme d\u2019un corps qui par nature ou volont\u00e9 est en<br \/>\nperp\u00e9tuel mouvement et instabilit\u00e9. En revanche, pour le<br \/>\nphotographe, dont le clich\u00e9 traduit la facilit\u00e9 technique de<br \/>\nl\u2019immobilisme, le grand d\u00e9fi revient \u00e0 d\u00e9velopper tout un<br \/>\nmouvement et un rythme sur un format instantan\u00e9.<br \/>\nLa curiosit\u00e9, la recherche, l\u2019envie de comprendre animent<br \/>\nPierre-Elie de Pibrac.<br \/>\nOn ne peut omettre de voir aussi dans ce travail un clin<br \/>\nd\u2019oeil \u00e0 son grand p\u00e8re Paul de Cordon, photographe du<br \/>\ncirque et des danseuses du Crazy Horse. Un gentilhomme<br \/>\nsaltimbanque au regard \u00e9l\u00e9gant sur le monde. Son travail<br \/>\nphotographique avec le Cadre Noir de Saumur a laiss\u00e9 des<br \/>\nimages de muscles tendus et de d\u00e9marches cadenc\u00e9es auxquelles<br \/>\nfait \u00e9cho Pierre-Elie de Pibrac, dans sa traduction en<br \/>\nimages du Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris.<br \/>\nJ\u2019ai envie de penser \u00e0 Bacon pour le travail des corps souffrants<br \/>\net de la mise en sc\u00e8ne, \u00e0 Leonor Fini pour l\u2019ambiance,<br \/>\naux palettes de couleurs riches inspir\u00e9es de l\u2019art moderne<br \/>\npour la trame et d\u00e9finitivement \u00e0 l\u2019art contemporain pour la<br \/>\nr\u00e9fraction des vibrations du mouvement et du son. Mais aussi<br \/>\n\u00e0 la couleur, quasi technologique, d\u2019un Richter jouant avec<br \/>\nles r\u00e9sistances physiques de la mati\u00e8re color\u00e9e perp\u00e9tuant<br \/>\nle travail sur la vision qui taraude l\u2019artiste. On constate une<br \/>\nsimilitude du r\u00f4le des r\u00e9p\u00e9titions chez le danseur comme<br \/>\nchez le photographe.<br \/>\nAu-del\u00e0 de documenter et d\u2019exp\u00e9rimenter, Pierre-Elie de<br \/>\nPibrac questionne et cherche \u00e0 obtenir des r\u00e9ponses des danseurs<br \/>\net de leur aura. Il nous invite dans un voyage mythique,<br \/>\nil nous ouvre les portes de ce panth\u00e9on qu\u2019est l\u2019Op\u00e9ra de<br \/>\nParis et sa magie des transformations.<br \/>\nDans son travail, jusqu\u2019\u00e0 maintenant, il s\u2019\u00e9tait beaucoup<br \/>\nconcentr\u00e9 sur la mati\u00e8re et les mat\u00e9riaux, jouant des transparences<br \/>\net des miroirs dans American Showcase, ou encore<br \/>\ndes surfaces et supports bruts dans la s\u00e9rie Real Life Super<br \/>\nHeroes. Avec In situ, Pierre-Elie travaille surtout l\u2019appareil<br \/>\nphoto. L\u2019appareil capte les \u00e9motions puis celles-ci sont transform\u00e9es<br \/>\net recr\u00e9\u00e9es avec des \u00e9motions propres \u00e0 sa sensibilit\u00e9<br \/>\nd\u2019artiste plasticien.<br \/>\nL\u2019Op\u00e9ra de Paris a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 beaucoup publi\u00e9 au travers de<br \/>\ndiverses interventions photographiques, avec du mat\u00e9riel et<br \/>\ndes techniques d\u00e9j\u00e0 vus. Il fallait renouveler le genre. Pour les<br \/>\ntrois s\u00e9ries r\u00e9alis\u00e9es par Pierre-Elie de Pibrac, ce ne sont pas<br \/>\nmoins de trois appareils diff\u00e9rents qui furent utilis\u00e9s ; ceci<br \/>\ndans un mixage d\u2019argentique et de num\u00e9rique, permettant le<br \/>\npassage du noir et blanc \u00e0 la couleur. Un reflex avec objectif<br \/>\ndes ann\u00e9es 1960 pour capter l\u2019instant et une chambre (syst\u00e8me<br \/>\nancien et originel de la photographie) \u00e0 laquelle fut<br \/>\najout\u00e9 un dos num\u00e9rique pour \u00ab sublimer le r\u00e9el \u00bb.<br \/>\nUn travail technique pr\u00e9cis et impeccable. Une exigence<br \/>\nsemblable \u00e0 celle du corps de ballet. \u00c0 la connaissance technique,<br \/>\nhistorique et de la mati\u00e8re, s\u2019ajoute un apport technologique<br \/>\nservi par une grande sensibilit\u00e9 en phase avec celle<br \/>\ndes danseurs. Un apprentissage quotidien d\u2019une osmose<br \/>\napr\u00e8s des phases d\u2019observation, de tests, de compr\u00e9hension<br \/>\net finalement d\u2019acceptation. Pas simple d\u2019approcher une<br \/>\n\u00e9toile et son cort\u00e8ge de solistes. Un mythe dans le mythe.<br \/>\nLe photographe se vit en Icare s\u2019accrochant \u00e0 \u00e9viter la chute.<br \/>\nLa difficult\u00e9 jour apr\u00e8s jour de m\u00e9riter cette proximit\u00e9, voire<br \/>\nintimit\u00e9, avec des artistes du corps et de l\u2019esprit dont la<br \/>\nreconnaissance a toujours voulu dire non pas facilit\u00e9 mais<br \/>\ntravail et encore travail. Exigence puis ma\u00eetrise pour \u00e0 la fin<br \/>\nlib\u00e9rer la cr\u00e9ativit\u00e9 et son complice la confiance.<br \/>\nDans In situ II : catharsis, le travail des images met en<br \/>\nsc\u00e8ne les \u00e9nergies, des mouvements purs qui narrent les<br \/>\nmythes et l\u00e9gendes d\u2019enfance, les r\u00e9miniscences et les pulsions<br \/>\nlib\u00e9r\u00e9es. L\u2019\u00e2me des artistes dans des corps \u00e9th\u00e9riques<br \/>\no\u00f9 tout est vibration est soudainement mise \u00e0 jour. La puissance<br \/>\nd\u00e9gag\u00e9e de l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9motions \u00e9voque les ruptures<br \/>\ncathartiques qu\u2019impr\u00e8gne ensuite le mat\u00e9riau photographique.<br \/>\nPierre-Elie de Pibrac nous d\u00e9voile l\u2019invisible, sa<br \/>\nsensibilit\u00e9 et ses propres \u00e9motions. Tel un m\u00e9dium, il s\u2019impr\u00e8gne<br \/>\ndes formes qui apparaissent, se les approprie et nous<br \/>\nles restitue avec ses sentiments. C\u2019est le parall\u00e8le du danseur<br \/>\net de l\u2019artiste plasticien, \u00e9nergie envoy\u00e9e, \u00e9nergie capt\u00e9e et<br \/>\nenfin \u00e9nergie restitu\u00e9e.<br \/>\nDans In situ III : analogia, les mises en sc\u00e8ne sont presqu\u2019\u00e0<br \/>\n180 degr\u00e9s, dans une vision \u00e9tonnante et irr\u00e9elle que l\u2019oeil<br \/>\nhumain ne per\u00e7oit pas mais que la technique utilis\u00e9e donne<br \/>\n\u00e0 voir en panorama, presque une sorte de r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e<br \/>\nissue d\u2019une sc\u00e8ne d\u2019un tableau classique. Le panorama<br \/>\nrepr\u00e9sente une vision sch\u00e9matique de l\u2019angle de vue de l\u2019oeil<br \/>\net permet, en un seul champ visuel, de faire d\u00e9filer la narration<br \/>\nde l\u2019histoire. Nous sommes l\u00e0 dans un rapport analogique<br \/>\nentre deux \u00e9l\u00e9ments : les murs et le corps. Rythmes suspendus, temps arr\u00eat\u00e9,<br \/>\nsilence laissant place au murmure \u00e9ternel des pierres.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019\u00e9nergie lib\u00e9r\u00e9e, c\u2019est ici l\u2019\u00e9cho<br \/>\nperp\u00e9tuel, l\u2019\u00e9difice restituant les vibrations intens\u00e9ment captur\u00e9es,<br \/>\nla r\u00e9sonnance des pierres qui s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019aura<br \/>\nvibrante des artistes. Malgr\u00e9 le poids de l\u2019histoire, les images<br \/>\ntraduisent une \u00e9motion l\u00e9g\u00e8re. Pierre-Elie de Pibrac capture<br \/>\nun moment d\u2019\u00e9ternit\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019infini comme une apologie.<br \/>\nIl donne \u00e0 voir l\u2019\u00e2me du lieu mais aussi nous montre l\u2019artiste<br \/>\nlui-m\u00eame spectateur de son propre jeu, parfois en des lieux<br \/>\nou places invisibles ou inconnus par ceux qui y s\u00e9journent<br \/>\nquotidiennement. Apr\u00e8s avoir restitu\u00e9 avec sa sensibilit\u00e9 les<br \/>\n\u00e9motions per\u00e7ues dans la s\u00e9rie pr\u00e9c\u00e9dente, ici, il nous donne<br \/>\nsa propre vision de la sc\u00e8ne, du th\u00e9\u00e2tre, de la proportion et<br \/>\ndu jeu d\u2019artiste. Il met en sc\u00e8ne.<br \/>\nUn an d\u2019immersion, de travail et de recherche dans un<br \/>\nunivers que l\u2019on aurait pu croire conformiste, \u00e9crit d\u2019avance,<br \/>\nsans surprises derri\u00e8re le rideau et sa magie. Et pourtant\u2026<br \/>\nPierre-Elie de Pibrac a acquis de la maturit\u00e9 au gr\u00e9 des pas des<br \/>\ndanseurs et cette r\u00e9compense \u00e9clate d\u2019une fa\u00e7on \u00e9vidente<br \/>\ntant les images sont belles. Rien n\u2019est plus heureux pour un<br \/>\ncollectionneur que de toucher la maturit\u00e9 d\u2019un artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Olivier Ponsoye, juillet 2014<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.pierreeliedepibrac.com\">www.pierreeliedepibrac.com<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Facebook : <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/depibracphotography\">Je like!<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Instagram :<a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/depibrac\/\"> I Follow!<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Olivier Ponsoye, collectionneur d&rsquo;art, publi\u00e9 dans mon livre In Situ &#8211; Dans les coulisses de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris. 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