Hakanai Sonzai & Desmemoria : Double exposition à Toulouse
Publié le 5 juin 2026 | pas de réaction
Je suis très heureux de vous annoncer que pour la première fois, deux chapitres de ma trilogie photographique sont présentés simultanément. Et ça se passe à Toulouse, dans deux lieux emblématiques de la ville. Hakanai Sonzai au Château d’Eau,lieu historique de la photographie en France, du 5 juin au 30 août et Desmemoria à la Chapelle des Cordeliers, du 5 juin au 5 juillet.












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Bonne année! Akemashite omedetō ! Happy new year ! ¡Feliz año nuevo! !سنة سعيدة! שנה טובה
Publié le 5 janvier 2026 | pas de réaction
Chaque année est une montée silencieuse vers l’inconnu.
On y laisse un peu de soi.
Ce qui vient se dévoile pas à pas.
Paris Photo Paris
Publié le 12 novembre 2025 | pas de réaction
Retrouvez une sélection d’oeuvres d’Hakanai Sonzai au Grand Palais du 13 au 16 novembre 2025 dans le cadre de Paris Photo. Galerie Anne-Laure Buffard. Secteur Principal. Stand D09
Presse Exposition Tikotin Museum
Publié le 29 août 2025 | pas de réaction
Haaretz

Keida Laddaat

Haipo

Maariv

News Haifa Krayot

Israel Culture

Exposition Handmade Japan au Musée des Arts Japonais – Tokotin de Haïfa en Israël
Publié le 13 juillet 2025 | pas de réaction
L’exposition « Handmade Japan » explore l’artisanat japonais en tant que pratique vivante, ancrée dans le quotidien et indissociable de la culture japonaise. Loin de la distinction occidentale entre art et artisanat, le Japon célèbre depuis toujours les gestes créatifs qui allient beauté, utilité et spiritualité.
Les pièces exposées proviennent de la collection de Félix Tikotin, fondateur du musée, ainsi que d’artisans contemporains d’Israël et du Japon. Elles couvrent des disciplines variées telles que la céramique, le textile, le travail du bois, la calligraphie, ou encore le mizuhiki.
Au cœur de l’exposition figurent les œuvres du photographe français Pierre-Elie de Pibrac, réalisées lors de son immersion de huit mois au Japon. Le musée a choisi de mettre en lumière plus d’une dizaine de photographies couleur monumentales, ainsi qu’une quinzaine de tirages en noir et blanc sur un papier en feuille de mûrier fabriqué à la main par un artisan de Kyoto. Réparties dans tout le musée, ces œuvres dialoguent avec les objets de la collection permanente et les créations des artistes invités. Par son regard profondément humain, Pierre-Elie de Pibrac saisit l’élégance discrète du quotidien japonais, tout en sondant l’âme de celles et ceux qui le façonnent, révélant la dimension intime et spirituelle de l’artisanat.
Plus qu’une présentation d’oeuvres, l’exposition célèbre la création comme manière d’être au monde, où chaque geste, chaque matière, chaque forme révèle une relation subtile entre l’humain, l’objet et l’invisible.
Tikotin Museum of Japanese Art
89 Hanassi Avenue
Mount Carmel
Haifa 34642
Israel









Nouvelle aventure en Israel / Newsletter 7
Publié le 21 mai 2025 | pas de réaction
| Un dernier voyage en famille Avant notre départ, nous avons pu réaliser un dernier voyage en famille. En raison des tensions persistantes entre le Liban et Israël durant une grande partie de notre séjour, Olivia n’avait pas encore eu l’occasion de découvrir le nord du pays. La situation s’étant calmée (mais pour combien de temps encore ?) nous avons décidé de partir pour un road trip de deux jours avec les enfants. Nous sommes allés en Haute Galilée puis dans le Golan pour ensuite redescendre le pays jusqu’à Tel-Aviv en longeant la Vallée du Jourdain et la Cisjordanie. Pour chacun de nos projets, j’aime inviter un artisan à concevoir un papier sur-mesure pour les tirages en noir et blanc. En Israël, j’ai rencontré un fabricant de papier exceptionnel : Izhar Neumann. Après de longues discussions et plusieurs essais réalisés au fil du projet, nous nous sommes rendus en famille dans le village druze de Yanuh-Jat pour fabriquer ensemble le papier final. Celui-ci est composé de fibres de mûriers plantés près de la frontière libanaise et d’un sable très particulier issu du désert du Néguev. Les enfants ont adoré décortiquer les branches pour en extraire les fibres et participer à toutes les étapes de création du papier. En chemin, nous en avons également profité pour rendre visite à Tamar, que j’avais photographiée au début du projet à Klil. ![]() Izhar Neumann montre aux enfants, dans son atelier, comment fabriquer le papier du projet. Depuis notre arrivée, Olivia souhaitait découvrir la ville de Safed et son histoire millénaire. Safed est, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade, l’une des quatre villes saintes du judaïsme. Pour y parvenir, nous avons longé la frontière libanaise avant de descendre vers la ville. Centre mondial de la Kabbale, Safed, qui fut une ville mixte avant 1948, a été le théâtre de violents combats pendant la guerre, se soldant par l’expulsion de sa population arabe. Elle fut ensuite repeuplée par de nombreux survivants de la Shoah ainsi que par des Juifs expulsés des pays arabes. Nous avons parcouru la vieille ville en début de soirée, entre ateliers d’artistes, yeshivas et synagogues.Nous avons ensuite pris la route pour Rameh, où nous avons dîné et passé la nuit. Ville antique devenue arabe à l’époque islamique médiévale, Rameh fut en partie épargnée lors de la guerre de 1948 et conserva une partie de sa population. Aujourd’hui, elle abrite des communautés musulmanes, chrétiennes et druzes. Réputée pour sa cuisine arabe traditionnelle et son huile d’olive, nous avons diné dans un excellent restaurant où se tenait la fête du baptême d’un jeune chrétien. Nous avons ensuite dormi dans une chambre d’hôte au milieu des oliviers. ![]() Coucher de soleil sur Safed, ville aujourd’hui très religieuse et berceau de la Kabbale. Le lendemain matin, nous avons observé les oiseaux dans la réserve de Hula, située entre la Haute Galilée et les hauteurs du Golan. Puis, nous avons traversé le Golan pour rejoindre Rujm el-Hiri, un impressionnant monument mégalithique composé de 42 000 pierres de basalte formant cinq cercles concentriques, datant de l’âge du Bronze. Cette traversée du Golan nous a marqués : les champs de mines omniprésents, les panneaux « Danger Mines » tous les dix mètres, et les carcasses de chars transformés en mémoriaux rappellent à chaque instant les cicatrices de la guerre des Six Jours. Mieux vaut ne pas s’écarter de la route. Enfin, nous avons visité les spectaculaires ruines de Beit She’an, ancienne cité cananéenne puis égyptienne, l’un des plus anciens sites archéologiques d’Israël. ![]() L’un des innombrables panneaux “Danger Mines” qui parsèment le plateau du Golan, ancien champ de bataille entre Israël et la Syrie lors des guerres de 1967 (Guerre des Six Jours) et 1973 (Guerre du Kippour). ![]() La cité antique de Beit She’an, célèbre pour ses remarquables vestiges romains et byzantins. Pour clore ce périple, nous avons gagné les hauteurs de la réserve de Hagilbo’a, à la frontière de la Cisjordanie, pour admirer le coucher du soleil sur Jénine et écouter l’appel à la prière résonner dans la vallée. ![]() Coucher de soleil sur Jénine et les villages alentour, sous l’écho de l’appel du muezzin, depuis les hauteurs de la réserve naturelle de HaGilboa. Duduka, l’enfant d’Auschwitz L’un de nos derniers rendez-vous a été avec Yudith, une survivante de la Shoah, et plus précisément du camp d’Auschwitz-Birkenau. Âgée de 92 ans, nous sommes allés la rencontrer à Haïfa, avec Guila et Olivia.Yudith, surnommée Duduka par ses proches, a été déportée en mai 1944, sous le numéro d’immatriculation 13 556, à l’âge de 12 ans. Cette déportation s’est faite sous la supervision du gouvernement hongrois et d’Adolf Eichmann. En seulement huit semaines, 437 000 Juifs hongrois ont été envoyés vers les camps. La grande majorité a été dirigée directement vers les chambres à gaz à leur arrivée. Ce fut le sort de sa petite sœur et de sa grand-mère, mais aussi de nombreux élèves de sa classe. Aujourd’hui encore, Duduka ne comprend pas pourquoi elle a survécu; ni au camp, ni à l’atroce marche de la mort vers Theresienstadt. Une marche de 650 km dans le froid glacial, sans nourriture, ni soins, organisée en pleine débâcle par les nazis pour cacher les preuves de leurs crimes et empêcher la libération des prisonniers par l’Armée rouge. ![]() Duduka à 12 ans, peu avant sa déportation à Auschwitz. Ce qui nous a bouleversé, au-delà de sa mémoire sidérante (elle se souvenait de tous les noms de ses amis assassinés à Auschwitz, et récitait encore par cœur des poèmes entiers de Verlaine et Rimbaud qu’elle se murmurait là-bas pour ne pas sombrer dans la folie) c’est ce moment où elle m’a regardé droit dans les yeux et a dit : « Je l’ai vu de près, Il était beau, avec des yeux bleus, toujours impeccable, soigné. On aurait pu croire qu’il était bienveillant avec les enfants. Mais je me souviens parfaitement de qui il était vraiment ». Avant de s’interrompre, comme brusquement ramenée à l’horreur, et de préciser qu’elle parlait du docteur Josef Mengele, celui-là même qui l’a auscultée 5 fois et qui a mené des expériences monstrueuses sur ses camarades ainsi que sur ses cousines, des jumelles. ![]() La tante de Duduka avec ses filles, deux sœurs jumelles assassinées par Mengele à Auschwitz. Entre deux récits, Yudith répétait inlassablement: « Je ne peux pas pardonner. Jamais. Je ne peux pas pardonner à l’humanité, parce que Auschwitz a existé. Je ne peux pas pardonner. Jamais. » Duduka est arrivée en Israël en 1950 avec sa mère, qu’elle croyait morte et qu’elle a retrouvée après sa libération par les Russes. Elles n’avaient plus rien. Elle se sent aujourd’hui comme une pionnière dans la construction de cet État, qui représentait pour elle une promesse de protection et de renouveau.Ses souvenirs la hante et sa plus grande crainte aujourd’hui, c’est l’oubli : l’oubli de ce qu’il s’est passé, mais aussi l’effacement silencieux de la mémoire de ses sœurs, de ses cousines, de ses amis, de tous ceux qui ont été exterminés à Auschwitz comme s’ils n’avaient jamais existé. ![]() ![]() Avec Olivia et Duduka juste après notre entretien. Sa rencontre et son histoire nous ont tous énormément émus. Iftar chez les Bédouins Du 28 février au 30 mars, nous avons vécu la période du Ramadan en Israël. Considéré comme le mois de la lumière, de la miséricorde et du pardon, le Ramadan transforme l’atmosphère des villes arabes. Pour refléter symboliquement cette lumière, des décorations lumineuses sont installées dans les rues, notamment à Jaffa, où nous habitons. Les enfants ont été ravis de retrouver leur quartier illuminé la nuit, dans une ambiance à la fois festive et familiale, qui prolongeait pour eux la magie de Noël et de Hanoukka.Habitant à proximité d’une mosquée, j’ai été surpris d’entendre un double appel du muezzin chaque matin vers 4h, une nouveauté pour nous. J’ai appris que le premier appel, le Suhoor, retentit 20 à 30 minutes avant l’aube pour réveiller les fidèles et leur permettre de prendre leur dernier repas avant le jeûne. Le second, appelé Fajr, marque quant à lui le début officiel du jeûne et correspond à la prière de l’aube. Je dois avouer que, les nuits où les sirènes retentissaient à 3h30 ou 4h du matin en raison des missiles yéménites, avec les appels à la prière qui suivaient, nous nous rendormions rarement! ![]() Thao sous la décoration du Ramadan, installée devant l’horloge de la vieille ville de Jaffa. / L’horloge et la décoration éclairées la nuit. À l’occasion du Ramadan, Alaa, une jeune Bédouine avec qui j’ai réalisé une mise en scène (je vous en parlais dans la newsletter 3) m’a invité à partager l’iftar, la rupture du jeûne, sous une tente qu’ils avaient dressée dans un champ sur les hauteurs de leur ville, Umm-Batin. Ils m’ont accueilli avec chaleur, m’ont expliqué leurs traditions et fait participer à la préparation du repas. Nous avons passé une grande partie de la nuit à discuter à bâtons rompus : religion, cultures, idées reçues sur nos pays respectifs, points communs, espérances pour l’avenir… Au fil du repas et de la soirée, plusieurs membres de sa famille sont venus se joindre à nous autour du feu, me posant des dizaines de questions sur la France, curieux et chaleureux. ![]() Photo avec Alaa entourée de sa sœur, de son cousin et de deux cousines, juste avant de célébrer l’iftar. En arrière-plan, le village de Umm-Batin. ![]() ![]() La famille d’Alaa nous a rejoint tout au long de la nuit pour discuter et partager. Ce fut une soirée passionnante, pleine d’échanges et de convivialité. Cette nuit de partage, d’écoute et de découvertes n’a été interrompue que par un missile yéménite intercepté juste au-dessus de nos têtes. Le fracas de l’explosion fut glaçant, d’autant plus que nous n’avions absolument nulle part où nous abriter des éventuels débris. Mais après cet instant de stress, tout le monde a repris la conversation, comme si de rien n’était. ![]() La tente montée spécialement par Amir, avec en arrière-plan les lumières de Beer-Sheva. Un tour d’Israël pour récupérer les appareils photo Chaque fois que je réalise une mise en scène, j’offre à la personne photographiée un appareil photo jetable accompagné d’un carnet de notes. Ce geste leur permet de prolonger la réflexion amorcée ensemble, de s’approprier l’acte photographique comme une forme de catharsis, et d’entrer en dialogue avec la mise en scène que nous avons construite côte à côte. J’en ai disséminé une cinquantaine aux quatre coins du pays. Je savais bien que je ne les récupérerais pas tous : le processus est exigeant, long, parfois lourd à porter pour celles et ceux qui y participent. Mais avant mon départ, j’ai pris contact avec toutes les personnes rencontrées au cours des huit derniers mois, avec l’envie de les revoir, de les écouter, et, qui sait, de découvrir si elles avaient « fait leurs devoirs ».J’ai commencé par le nord, du côté de Haïfa, où j’ai retrouvé Ziv, puis Vadim. Ensuite, j’ai revu Ligal dans le kibboutz d’Ilania. J’ai pu passer un moment avec Zuher dans son village circassien de Kfar Kama, et retrouver Zakie à Shibli, village arabe niché au pied du Mont Tabor. À d’autres moments, j’ai recroisé Nasser et bu un café sous sa tente, installée sur les ruines de sa maison démolie de force par le gouvernement Netanyahu. J’ai également récupéré l’appareil photo de Salman. J’ai eu la chance de récupérer également les images et les carnets de Steeve et de Tamar. En revanche, plusieurs personnes n’avaient pas encore terminé : Hadas, Gisèle ou encore Alaa avaient besoin de plus de temps. Pour les autres, nous nous sommes organisés afin qu’ils puissent m’envoyer les appareils et carnets chez Guila ou David. Mais certains sont restés hésitants, ou n’ont finalement pas souhaité poursuivre l’expérience . ![]() Adieux à Ziv, juste avant mon départ. ![]() Ligal me prépare un café dans sa caravane, désormais stationnée dans le kibboutz de Ilania. Areen : un miroir de la complexité d’une terre Ces dernières semaines, j’ai enfin pu rencontrer Areen. Cela faisait des mois que nous essayions de nous voir, mais le hasard et la malchance avaient sans cesse repoussé notre rencontre. Ce fut un moment fort.Areen a une histoire singulière, à l’image de la complexité de cette terre. Son père et sa mère sont nés en dans la ville arabe d’Abu Snan en Israël. Leurs parents respectifs, les grands-parents d’Areen, étaient originaires de Palestine, du village de al-Kuwaykat, détruit lors de la Nakba et vidé de ses habitants. Mais ils ont choisi de rester malgré la guerre et la peur, cachés dans un village druze voisin. Une décision que le reste de leurs familles n’a pas prise : du côté paternel, les proches ont fui vers le Liban, et du côté maternel, à Gaza. Areen porte donc en elle une lignée éclatée entre le Liban, Gaza et Israël, ce qui, en ces temps de guerre, est une source de douleur profonde. Elle a perdu une dizaine de proches à Gaza, et d’autres, vivant au sud Liban, ont été traumatisés par les derniers bombardements.Areen n’est pas religieuse, elle se définit même comme très laïque, tout comme sa famille. Une de ses sœurs est mariée à un juif, une autre à un chrétien. Ses parents l’ont élevée en dehors de tout cadre religieux. Chaque année, la famille se rassemble pour commémorer la Nakba (« catastrophe » en arabe, elle désigne l’exode forcé de plus de 700 000 Palestiniens en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Elle marque un traumatisme majeur dans la mémoire collective palestinienne) en se recueillant sur les ruines de villages arabes détruits à cette époque. Elle porte en elle, avec force, ses racines palestiniennes, mais a conscience d’être également israélienne. Pour elle, c’est dans ce pays, aujourd’hui nommé Israël, qu’elle vit, qu’elle construit sa vie, a eu des enfants et qu’elle espère un avenir partagé entre toutes les populations. Elle ne souhaite pas revenir en arrière, mais avancer, ensemble. ![]() Des Palestiniens sur les routes de l’exil, après leur expulsion de leur village près de Haïfa en 1948. Pendant plusieurs heures, Areen m’a raconté ce déchirement intime : son âme palestinienne, sa réalité israélienne. Elle m’a confié son incompréhension face à certaines déclarations occidentales, notamment le slogan « From the river to the sea », qu’elle trouve vide de sens, violent, et totalement déconnecté de la réalité vécue ici. Pour elle, ces mots trop violents, prononcés par des personnes n’ayant jamais mis les pieds en Israël ou en Palestine, sont contre-productifs et, surtout, mettent en danger les millions d’Arabes israéliens qui vivent ici, tout en sabotant le dialogue et en alimentant les extrêmes des deux côtés.Elle m’a aussi parlé de son enfance passée à Gaza, de ce qu’elle appelait autrefois, avec ses yeux d’enfant, « mon petit paradis », et de l’impossibilité d’y retourner depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas qu’elle estime avoir détruit Gaza. Ce constat ne l’empêche pas de tenir également Israël pour responsable des tensions et des souffrances vécues par les populations de la région. Mais elle préfère penser au futur plutôt que d’être tournée vers le passé. Ce passé qui a coûté la vie à des milliers d’innocents le 7 octobre et qui continue de semer la mort à Gaza depuis plus d’un an et demi. ![]() Areen et sa famille dans le village de Lajjun détruit en 1948, le jour de la commémoration de la Nakba. Le 7 octobre a marqué un tournant dans sa pensée. Avant cette date, elle se sentait animée d’un profond sentiment de révolte. Elle avait l’impression que ses racines étaient constamment piétinées, en particulier depuis l’accession au pouvoir de Netanyahu, il y a plus de vingt ans. Mais le massacre perpétré par le Hamas ce jour-là, au nom de la Palestine, a ravivé en elle sa part israélienne. Elle a pris conscience de la façon dont l’histoire palestinienne est instrumentalisée par les fondamentalistes, au mépris des vies humaines, empêchant toute perspective de paix.Areen incarne à elle seule tout le paradoxe, toute la douleur, mais aussi toute la lucidité de cette terre brisée et infiniment complexe et multiculturelle. Ido, une rencontre manquée et un retour avancé En avril, grâce à Guila, j’avais pu organiser un rendez-vous avec Ido, un jeune homme d’une trentaine d’années dont l’histoire m’a profondément bouleversé. Il a tragiquement perdu sa compagne, Céline, franco-israélienne, lors de l’attaque du 7 octobre. Ils venaient tout juste d’avoir une petite fille, Ellie. Pour marquer la fin de son congé maternité, Céline avait décidé d’assister au festival Nova. Ce jour-là, elle a été assassinée par des membres du Hamas déguisés en soldats de Tsahal. Pendant plusieurs jours, Ido a cru à sa survie, s’accrochant à l’espoir. ![]() Ido Nagar, juste après le 7 octobre, lançant un appel à témoins pour retrouver sa femme Céline, avant d’apprendre son décès, assassinée par des membres du Hamas. Photo @ Philippe Laurenson La veille de notre rencontre, Olivia a dû être hospitalisée en urgence pendant 18 heures. Cet imprévu m’a empêché de rencontrer Ido. En Israël, un rendez-vous manqué est souvent difficile à rattraper. Nous n’avons pas pu reprogrammer cette rencontre. Après l’hospitalisation et une semaine alitée pour Olivia, nous avons pris la décision d’avancer notre retour en France. Heureusement, Olivia va beaucoup mieux aujourd’hui. Guila est toujours en relation avec Ido, j’espère pouvoir le rencontrer lors de ma prochaine visite en juillet. ![]() Thao dit au revoir à ses meilleurs amis après son dernier jour d’école. ![]() Dernière photo avec Guila, la veille de notre départ, un souvenir précieux avant la séparation. Conclusion Nous voilà donc de retour en France depuis quelques jours, le cœur lourd de laisser derrière nous tant de personnes que nous avons appris à aimer. Cette aventure humaine, personnelle et artistique de huit mois a filé comme un éclair, et pourtant, elle nous donne le sentiment d’avoir vécu deux années entières tant les journées étaient denses, imprévisibles, remplies d’émotions, de contradictions et d’intensité.Il est désormais temps de plonger dans le développement des photographies, les tirages, l’écriture des textes, et de prendre le recul nécessaire pour présenter ce projet avec justesse, lucidité, et une conscience renouvelée de la complexité de cette terre et de ses habitants. |
Nouvelle aventure en Israel / Newsletter 6
Publié le 7 avril 2025 | pas de réaction
| Nouvelle aventure en IsraëlNewsletter 6Pour le dernier volet de notre trilogie Cuba/Japon/Israël, que nous réalisons en ce moment en Israël, je vais vous envoyer chaque mois une newsletter vous décrivant nos pérégrinations. Voici la sixème qui paraitra également dans le magazine 9Lives.Liens vers la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième |
| Shalom, shalom Alors que j’écris ces lignes, voilà déjà sept mois que nous sommes en Israël. Le temps a filé à une vitesse vertigineuse. Est-ce l’effet de la guerre, de la tension omniprésente, de cette urgence qui a rythmé notre quotidien ? Ou peut-être la richesse des rencontres, si nombreuses et si variées, qui ont marqué notre séjour ?Le projet touche bientôt à sa fin, et l’idée du départ qui se profile nous attriste profondément.Cette newsletter revient sur la période intense que nous avons traversée entre début février et mi-mars. |
Baalei Techouva : retour à la réponse Dans la deuxième newsletter, je vous avais parlé des “déserteurs de Dieu”, ces ultra-orthodoxes qui ont fait le choix de rompre avec leur milieu et de “retourner à la question”, comme on dit ici. J’avais notamment évoqué l’histoire de l’un d’eux, que j’ai mis en scène dans le mikvé de Lifta.À l’opposé de ce phénomène, il existe celui des “baalei techouva”, littéralement “ceux qui reviennent” : des juifs laïcs qui, après un parcours en dehors de la religion, décident de s’y consacrer corps et âme, souvent au sein des communautés ultra-orthodoxes.J’ai eu l’opportunité de passer du temps avec Barak, un ancien musicien et rockeur, qui a fait le choix radical de devenir Loubavitch. Son histoire est fascinante. Il m’a confié les raisons profondes de sa décision et raconté son immersion dans la communauté Loubavitch, un mouvement hassidique extrêmement structuré, centré autour de la figure du Rabbi Menachem Mendel Schneerson, que certains considèrent comme le Messie. J’ai ainsi découvert un univers totalement inconnu pour moi, à la fois étrange et captivant. Il est difficile d’obtenir des chiffres précis sur ceux qui retournent à la religion, car le monde ultra-orthodoxe demeure très fermé. C’est donc une chance d’avoir pu rencontrer Barak, recueillir son témoignage et, surtout, qu’il ait accepté d’être photographié pour mon projet. |
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| Barak en prière au sein de la communauté Beit Habad à Tel-Aviv. |
Pour approfondir ma connaissance du monde religieux juif, j’ai rencontré le rabbin Rav Moshe Tapiero, un érudit qui m’a éclairé sur l’étude de la Torah, du Talmud et la diversité des courants religieux du judaïsme, au cours d’une journée passée chez lui à Jérusalem. |
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| Le bureau du rabbin Rav Tapiero, où il consacre ses journées à l’étude des livres sacrés et à l’écriture de ses commentaires sur la Torah. |
À la découverte d’Ovnat et de Yiftach : une réalité insoupçonnée du sionisme religieux Le milieu des colons ultra-sionistes religieux m’a toujours profondément dérangé, mais, mes recherches et mes échanges avec Guila m’ont conduit à découvrir une réalité insoupçonnée au sein de ce mouvement : l’association Yiftach, et plus précisément le village d’Ovnat.Yiftach prend en charge de jeunes juifs violents issus des colonies de Cisjordanie pour comprendre l’origine de leur violence, les écouter et les remettre sur le droit chemin. Elle accompagne aussi des jeunes victimes d’abus sexuels ou de violences familiales, des réalités largement passées sous silence dans le monde des colons sionistes. Face à cette omerta, Ariel Sokoloff, le fondateur d’Ovnat, a pris l’initiative, à la fin des années 1990, d’offrir à ces jeunes une alternative, une chance de se reconstruire et de vivre autrement qu’à travers la violence et la haine. J’ai passé la matinée à Ovnat, ce village posé dans un décor désertique, au bord de la mer Morte, loin de l’agitation des grandes villes. J’ai ensuite rencontré Ariel Sokoloff, qui dirige aujourd’hui ce programme éducatif accueillant environ 250 élèves dans une dizaine de villages. |
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| Le centre éducatif d’Ovnat, situé au bord de la Mer Morte. |
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| Une des habitations pour les pensionnaires d’Ovnat. |
En rentrant du village, près de Jéricho, en Cisjordanie, je me suis arrêté dans une ancienne usine anglaise d’extraction de potassium, aujourd’hui sous contrôle palestinien, non loin de la frontière jordanienne. Là-bas, je suis tombé sur un site emblématique pour les passionnés de photographie, immortalisé il y a une dizaine d’années par Josef Koudelka dans son projet Shooting Holy Land. Cet ancien camp militaire britannique abandonné semble figé dans le temps. C’est aussi là que les militaires m’ont, une fois de plus, arrêté… Pour la cinquième fois depuis mon arrivée! |
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| Guila en discussion avec l’armée pour leur démontrer que nous ne sommes pas ici pour prendre des photographies de la frontière et les transmettre à l’ennemi. Un lieu qui a été photographié par Josef Koudelka il y a une dizaine d’années. |
Un mois de février marqué par l’indignation et la douleur en Israël Le mois de février a ravivé les traumatismes profonds d’Israël, alors que la plaie béante du 7 octobre semble impossible à refermer. Les mises en scène macabres orchestrées par le Hamas lors des retours d’otages, l’état catastrophique de ces derniers, ainsi que la restitution de nombreux corps, ont plongé le pays dans une sidération totale. L’onde de choc a été telle qu’Israël s’est retrouvé paralysé par l’indignation et le chagrin pendant plusieurs jours.Le 8 février, Or Levy, Eli Sharabi et Ohad Ben-Ami sont apparus extrêmement affaiblis et amaigris après 16 mois de captivité à Gaza. Leur état de santé a bouleversé l’opinion publique et levé le voile sur les conditions inhumaines de détention des otages israéliens. Eli Sharabi, comme tant d’autres, a vécu une cruauté insoutenable : lors de la mise en scène de sa libération, les terroristes lui ont fait croire qu’il allait bientôt retrouver sa femme et son fils. Ce n’est qu’une fois en Israël qu’il a appris la terrible vérité : tous deux avaient été assassinés par le Hamas le 7 octobre, juste après leur séparation. |
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| Les otages Or Levy, Eli Sharabi et Ohad Ben-Ami sont mis en scène par le Hamas lors de leur libération. Photo AFP/BASHAR TALEB |
L’horreur a atteint son paroxysme avec la tragédie de la famille Bibas, devenue le symbole du drame du 7 octobre. Kfir Bibas, âgé de 10 mois, était le plus jeune otage au monde, et son frère Ariel, 4 ans, figurait parmi les plus jeunes victimes de l’attaque. Enlevés dans les bras de leur mère terrorisée, Shiri Bibas, leur sort est resté incertain pendant des mois, provoquant une angoisse collective. Leur père, Yarden Bibas, également otage puis libéré avant la restitution des corps de sa famille, a vécu une attente insoutenable. La confirmation de leur mort, après des mois d’incertitude, a suscité une grande émotion en Israël, d’autant plus que les enfants ont été battus à mort et asphyxiés. Une confusion macabre est survenue lorsque le Hamas a remis le corps d’une femme gazaouie en prétendant qu’il s’agissait de Shiri Bibas, avant de corriger l’erreur le lendemain. Cette tragédie a bouleversé le pays. |
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| Un mémorial improvisé en hommage aux victimes du Hamas – Shiri Bibas, Ariel Bibas, Kfir Bibas et Oded Lifshitz, l’un des fondateurs du kibboutz Nir Oz – sur la place des otages à Tel-Aviv. |
Une immense marche funéraire, parcourant des dizaines de kilomètres, a rassemblé un peuple unis aux côtés de Yarden Bibas pour accompagner le dernier voyage de Kfir, Ariel et Shiri, réunis dans un même cercueil. Le discours poignant de Yarden Bibas a résonné comme un cri de douleur collective, marquant profondément la population. |
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| Les Israéliens se sont rassemblés autour de Yarden Bibas lors de la marche funéraire qui a accompagné Kfir, Ariel et Shiri Bibas, réunis dans le même cercueil, de Rishon Lezion jusqu’au cimetière de Zohar, près de Nir Oz. |
Dans ce climat de deuil, un Bédouin, Hicham al-Sayed et un Falasha éthiopien, Avera Mengistu, détenus en otages depuis dix ans, ont été libérés. Leur état de santé, marqué par une décennie de captivité, a plongé les Israéliens dans la stupeur, face à une réalité aussi cruelle que brutale. |
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| Hicham al-Sayed et Avera Mengistu retrouvent leurs familles après dix années de captivité à Gaza. |
Une vague d’attentats évitée de justesse Ce mois-ci, plusieurs attentats ont frappé le pays, dont une série d’explosions visant cinq bus dans la banlieue sud de Tel-Aviv, non loin de chez nous. Par chance, les terroristes ont confondu « 9 am » et « 9 pm », déclenchant les bombes le soir, alors que les bus étaient hors service et stationnés dans un parking vide. Si l’attentat avait eu lieu à 9h du matin, comme prévu, les pertes humaines auraient été catastrophiques. D’autres attaques ont endeuillé le pays, notamment un attentat à la voiture bélier dans une ville au nord de Tel-Aviv et une attaque au couteau à Haïfa, faisant de nouvelles victimes et alimentant un climat de tension grandissant. Une tension qui résonne avec la colonisation ultra sioniste à marche forcée en Cisjordanie, menée par le gouvernement depuis le cessez-le-feu. Cette politique suscite la stupéfaction et l’indignation des familles des otages et de nombreux israéliens, inquiets face à cette violence croissante qui ne fait qu’apporter malheur et souffrance chez les Israéliens et les Palestiniens. |
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| Carcasses des bus calcinés après l’explosion de bombes sur un parking à Bat Yam. |
Avec les Arabes chrétiens En sept mois, je n’avais pas encore eu l’occasion de donner la parole aux Arabes chrétiens, mais c’est désormais chose faite. À Jérusalem, j’ai rencontré Stelios, ainsi que Raeed et sa femme, qui vivent dans la vieille ville, dans des appartements qu’ils ont acquis pour une durée limitée auprès de divers diocèses. Une pratique surprenante qui a immédiatement éveillé ma curiosité. C’est un peu long à expliquer mais cela a un impact très important sur la vie des Chrétiens à Jérusalem. On estime à 140 000 le nombre d’Arabes chrétiens en Israël, contre 48 000 en Cisjordanie et 2 000 à Gaza. Leur présence en Palestine s’est en effet considérablement réduite au fil des années, sous l’effet du conflit et de la pression sociale exercée par certaines communautés musulmanes. Beaucoup ont été contraints à une conversion forcée, d’autres ont subi des persécutions, les poussant à l’exil, notamment vers Israël ou l’Occident.Ces rencontres ont été d’une grande richesse. Ils se sont livrés avec sincérité, partageant des récits marqués par des épreuves, mais aussi par des victoires. Leurs témoignages m’ont offert un éclairage nouveau sur leur place dans la société israélienne et palestinienne, ainsi que sur les défis qu’ils ont dû affronter et ceux qu’ils continuent de relever au quotidien. |
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| Raeed et sa femme dans leur appartment situé dans la vieille ville de Jérusalem. |
Avec les Druzes et les Ahmadies Dans la quatrième newsletter, je vous parlais des Druzes du plateau du Golan, d’origine syrienne. En Israël, sur les 150 000 Druzes, seuls 20 000 vivent dans le Golan, les autres sont principalement établis dans le nord du pays, notamment autour de Haïfa. C’est dans le village d’Isfiya, près de Haïfa, que j’ai rencontré Salman et sa femme, Samira. Cette rencontre fascinante m’a permis de mieux comprendre l’histoire de cette communauté qui, au XIe siècle, a opéré un schisme avec l’islam en raison de son rejet de la charia. Contrairement aux musulmans, les Druzes ne pratiquent ni la prière quotidienne ni le port du hijab. Ils ne se considèrent pas comme des conquérants et ont développé une identité profondément ancrée dans la loyauté à l’État où ils résident. |
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| Salman et sa femme, Samira, feuilletant mon livre Desmemoria. / Petit-déjeuner druze préparé par Samira Un délice! |
Un des éléments marquants de cette communauté en Israël est son engagement dans l’armée. Contrairement à la plupart des Arabes israéliens, les Druzes sont tenus de servir dans les forces armées. Leur rôle dans la défense du pays et leur intégration dans la société israélienne sont des aspects essentiels de leur identité. Pourtant, tout comme de nombreux Arabes israéliens, Bédouins et Circassiens que j’ai rencontrés, les Druzes ont été profondément choqués par la loi de “l’État-nation du peuple juif”, adoptée en 2018 qui place la communauté juive au-dessus des autres. Ils se sont sentis trahis et luttent pour son abrogation, aux côtés de nombreux Israéliens qui estiment que cette loi est incompatible avec leur vision de la démocratie et du pays qui a beaucoup changé sous les gouvernements successifs de Netanyahou. |
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| Immense fresque à l’entrée de Daliat Al Carmel représentant la loyauté Druze envers Israël. Le lion est un symbole très important chez les Druzes, il représente la force, le courage, l’honneur et la loyauté. |
J’ai également eu l’occasion de rencontrer des Ahmadis, un groupe issu d’un schisme avec l’islam à la fin du XIXe siècle. Leur mouvement prône une interprétation pacifique de l’islam, centrée sur le service à l’humanité et la réconciliation entre les religions. Toutefois, ils sont considérés comme des non-musulmans par les communautés islamiques traditionnelles, car ils croient que le Messie est déjà venu en la personne de Mirza Ghulam Ahmad, bien qu’ils continuent à prier selon les rites islamiques. Cette croyance leur a valu de lourdes persécutions, notamment au Pakistan. Malgré cela, ils diffusent une très belle parole de paix et d’entente inter-religieuse. J’ai eu l’honneur de rencontrer leur grand émir, Muhamad Sherif, ainsi qu’un des Imams de la mosquée Shaykh Mahmud de Haïfa et de passer une après-midi là-bas. En Israël, on trouve de nombreuses autres communautés comme les Bahaïs, qui résident principalement autour de Haïfa et Saint-Jean-d’Acre. Leur présence, comme celle des Ahmadis et des Druzes, rappelle la diversité et la richesse religieuse du pays. |
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| Photo souvenir prise avec l’Emir Muhamad Sherif dans son bureau, avec en arrière plan les portraits de Mirza Ghulam Ahmad et de ses successeurs. |
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| La salle de prière de la mosquée ahmadie Shaykh Mahmud à Haïfa. |
Tensions croissantes et reprise des combats Depuis la fin de la première phase, les négociations stagnent et les manifestations se multiplient.A Jérusalem, plus de 100 000 personnes se sont rassemblées devant la Knesset pour protester contre les bombardements à Gaza, exiger la libération de tous les otages et dénoncer la politique de Netanyahu, jugée anti-démocratique. De nombreuses manifestations ont également lieu à Tel-Aviv. La colère a redoublé après le limogeage du chef du Shin Bet, Ronen Bar, alors que la population réclame des comptes sur les failles sécuritaires du 7 octobre et la responsabilité des dirigeants. Ce vote de révocation, prévu dans quelques jours, alimente les tensions, tandis que les protestations contre la réforme de la justice continuent d’exacerber un climat déjà pesant. |
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| Plus de 100 000 personnes se sont rassemblées devant la Knesset à Jérusalem pour manifester contre les bombardements à Gaza, exiger le retour de tous les otages et dénoncer la politique de Netanyahu, jugée anti-démocratique. |
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| Les manifestations contre le gouvernement sont presque quotidiennes. Ici, une mobilisation à Tel-Aviv ayant réuni près de 100 000 personnes. |
Parallèlement, la menace extérieure ne cesse de grandir. Ces dernières semaines, la tension est montée d’un cran avec le Hamas, le Hezbollah, la Cisjordanie, la Syrie, le Yémen, l’Iran et même l’Égypte. Malgré leur résilience, de plus en plus d’Israéliens se sentent à bout, pris dans une spirale d’incertitude et de violence.Au moment où j’écris ces lignes, les nouvelles sont sombres. Le cessez-le-feu a pris fin et les combats ont repris à Gaza, brisant la fragile trêve qui portait l’espoir de libération des derniers otages et de reconstruction pour les Gazaouis avec le retour de l’aide humanitaire. Les frappes et les affrontements s’intensifient, plongeant la région dans une nouvelle escalade de violence qui éloigne toujours plus la perspective de paix.À Tel-Aviv, les alarmes nocturnes à 4 h du matin, déclenchées par les tirs de missiles des Houthis, ont repris. Nous nous précipitons de nouveau en pleine nuit vers notre abri avec les enfants alors que nous espérons ne plus avoir à revivre cela. Les tirs de roquettes depuis Gaza ont repris également. |
Conclusion Les semaines qui se sont écoulées depuis la dernière newsletter ont encore été d’une intensité folle, rythmées par des découvertes et des rencontres marquantes. À présent, le voyage touche à sa fin, et déjà, nous ressentons le vide laissé par cette vie vibrante, faite d’émotions, de contrastes et de moments suspendus.La prochaine newsletter sera la dernière. Elle reviendra sur nos ultimes rencontres, notre dernier voyage en famille, ainsi que sur le tour d’Israël que je vais entreprendre pour récupérer les appareils photo jetables et les carnets de notes laissés à chaque personne photographiée.Yalla, Yalla. |
In Situ à l’Institut français de Tel-Aviv
Publié le 7 avril 2025 | pas de réaction
A l’occasion du mois de la francophonie en Israël, je suis heureux d’avoir été invité à présenter des photographies des séries Confidences et Analogia de mon projet In Situ – Dans les coulisses de l’Opéra de Paris à l’Institut français de Tel-Aviv du 6 mars au 10 avril 2025.
Nouvelle aventure en Israel / Newsletter 5
Publié le 7 avril 2025 | pas de réaction
| Nouvelle aventure en IsraëlNewsletter 5Pour le dernier volet de notre trilogie Cuba/Japon/Israël, que nous réalisons en ce moment en Israël, je vais vous envoyer chaque mois une newsletter vous décrivant nos pérégrinations. Voici la cinquième qui est également parue dans le magazine 9Lives.Liens vers la première, la deuxième, la troisième et la quatrième. |
| Shalom, shalom Cette nouvelle newsletter revient sur la période que nous avons vécue entre janvier et février, marquée par l’accord de cessez-le-feu avec le Hamas et le retour des otages. Un moment historique qui, je l’espère, mènera à la paix, bien que cela reste incertain dans une région du monde sous extrême tension. |
| Oryan, un Refuznik sorti de prison Dans ma dernière newsletter, je vous ai brièvement parlé de ma rencontre avec Ella, une jeune Refuznik. Aujourd’hui, je vais approfondir ce sujet et revenir sur ce mouvement né en 1979. Les Refuzniks sont de jeunes appelés au service militaire qui refusent de s’engager. Souvent, leur choix les conduit en prison, les exposant ainsi à un possible rejet de la société israélienne. Ella n’a pas encore été incarcérée, mais Oryan, un jeune homme de 19 ans rencontré début janvier, sort tout juste de prison. Il a déjà purgé deux peines d’un mois de prison, soit 60 jours, et attend de savoir s’il devra y retourner. Certains Refuzniks y ont déjà fait plus de 185 jours (soit plus de 6 mois), à l’image d’Itamar Greenberg, le plus célèbre d’entre eux qui n’a toujours pas reçu d’exemption et vient de retourner en prison pour la cinquième fois. |
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| Accompagné d’Oryan, un jeune Refuznik, pour lui présenter la mise en scène que j’ai conçue afin de raconter son histoire. Photo @ David Kashtan |
| Oryan raconte :« En classe de première, dès que vous avez 16 ans et 6 mois, vous recevez une lettre vous convoquant pour la première étape du processus de conscription. Lors de cette convocation, on vous explique comment le processus fonctionne. Ainsi, même pendant le lycée, de nombreuses discussions tournent autour de ce que vous allez faire dans l’armée. Ensuite, vous passez par différentes sélections. Vous pouvez être dirigé vers les commandos, la marine, l’armée de l’air, etc. Puis, votre date d’incorporation arrive, et à ce moment-là, vous avez le choix : vous engager ou refuser. Si vous décidez de ne pas vous enrôler, vous devez vous rendre sur place avec vos affaires, trouver un interlocuteur et déclarer : “Je ne vais pas m’enrôler.” Ensuite, vous attendez. Une installation spécifique, intégrée à une plus grande structure, gère les conscrits. L’officier responsable de ce bâtiment doit alors formaliser la situation en rédigeant des documents officiels. Vous êtes ensuite conduit dans un centre de rétention, situé à l’intérieur de l’installation de recrutement.» Il m’a ensuite expliqué les raisons de son choix, son expérience en prison et le regard des autres. Il ressent un profond malaise vis-à-vis de l’armée, son pays et la guerre à Gaza, bien qu’il ne s’imagine vivre nulle part ailleurs dans le monde. Cet échange était passionnant et reflétait parfaitement le déchirement intérieur que vivent de nombreux Israéliens, partagés entre l’amour pour leur pays et le rejet de ce qu’il est en train de devenir. Il en veut énormément au gouvernement. |
Gush Katif Dans mon projet, je souhaitais également explorer la notion de déracinement à travers l’histoire des anciens habitants d’une colonie : Gush Katif. Ce bloc de colonies israéliennes, situé dans la bande de Gaza et principalement habité par des colons juifs religieux, a été évacué par l’armée en 2005 lors du plan de désengagement unilatéral d’Israël suite à la Seconde Intifada. Cette décision a provoqué de profondes tensions politiques et émotionnelles en Israël, ainsi qu’un sentiment d’abandon et de trahison chez les colons expulsés. Évacués fin 2005, après sept années passées dans ce que l’on appelle en Israël une caravan-villa (un préfabriqué), ils ont finalement construit une maison dans un moshav entre Ashdod et Beer-Sheva. C’est là que je les ai rencontrés. Cette discussion m’a permis de mieux appréhender le point de vue de colons pacifistes qui vivaient sur une terre non reconnue comme israélienne par le droit international. Ce couple a tissé des liens forts avec des Palestiniens tout en résidant sur les terres de Gaza. Cette dualité, entre l’attachement à cette terre qu’ils considèrent comme Eretz Israel, le fait d’avoir été expulsé par son propre pays et le sentiment de trahison qui en découle, la volonté de paix et le fait d’habiter dans une colonie, illustre toute la complexité d’Israël. |
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| Vue aérienne du Gush Katif, un ancien bloc de colonies israéliennes à Gaza, évacué par l’armée en 2005. / Prise de vue en compagnie de Gisèle et son mari. |
Yad Vashem Pour les 80 ans de la Shoah, nous sommes allés au musée Yad Vashem à Jérusalem. Yad Vashem est le mémorial officiel d’Israël dédié aux victimes de l’Holocauste. Situé à Jérusalem, il commémore les six millions de Juifs exterminés et honore les Justes parmi les nations. L’ambiance y est profondément solennelle, douloureuse et empreinte de recueillement, marquée par le poids de la mémoire et le respect des vies perdues. Nous y sommes restés 4h30 et en sommes sortis bouleversés. |
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| Yad Vashem, le mémorial officiel d’Israël en hommage aux victimes de l’Holocauste, situé à Jérusalem. |
Gaza et Nova Au cours du mois, juste avant le cessez-le-feu, j’ai également emmené Olivia à quelques centaines de mètres de Gaza pour qu’elle prenne la mesure de son état désastreux. Elle a aussi découvert l’atmosphère sonore qui y règne : un mélange de grondements sourds causés par les bombes, de détonations sèches provenant d’armes automatiques, de silences oppressants et également l’épais nuage de fumée grise qui stagne en permanence au-dessus de Gaza. |
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| Vue de la bande de Gaza sous les bombardements, où les explosions et les tirs enveloppent les villes d’un immense nuage de fumée. |
Je l’ai également emmenée à Nova, sur le site du massacre, entouré d’immenses champs vides qui n’ont laissé aucune échappatoire à tous ces jeunes qui se sont retrouvés piégés. Tout au long de la route, les dizaines de miklat (abris anti-roquettes) où s’étaient abrités tant de victimes sont criblés de balles. Par endroits, les stigmates des centaines de véhicules calcinés sont encore visibles sur le bitume. En chemin, nous avons découvert une immense casse, devenue lieu de mémoire, où ont été déposés tous les véhicules criblés de balles ou incendiés lors du 7 octobre, ainsi que les motos et voitures utilisées par le Hamas. |
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| Des voitures de victimes du massacre du 7 octobre criblées de balles. |
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| Véhicules et motos employés par le Hamas lors de l’attaque en Israël le 7 octobre. |
Cessez-le-feu L’événement marquant de ce mois de janvier reste l’accord de cessez-le-feu signé entre Israël et le Hamas. Un immense soulagement s’est ressenti dans le pays, où l’on attendait depuis si longtemps le retour des otages. Cependant, ces libérations se font au compte-gouttes et au prix de la libération de centaines de terroristes parmi les prisonniers palestiniens relâchés. La tension a été exacerbée par les nombreuses alertes aux missiles yéménites entre le 1ᵉʳ et le 15 janvier, date du cessez-le-feu – avec même une dernière alerte le 18 au matin – et par deux attentats au couteau à Tel-Aviv, près de chez nous.L’ambiance reste très tendue : les noms des otages libérés sont annoncés au dernier moment par le Hamas. Ce cessez-le-feu a permis l’entrée massive de camions humanitaires à Gaza, livrant nourriture et soins aux habitants. Depuis peu, les habitants du nord peuvent également rentrer chez eux – si on peut le dire comme cela quand on voit l’état de destruction de la bande de Gaza – après une guerre de plus d’un an, dont le nombre important de victimes civiles reste à évaluer dans un contexte où la propagande est une arme omniprésente. Se pose désormais la question de la reconstruction d’un territoire profondément meurtri. Ce cessez-le-feu a également entraîné la démission du ministre extrémiste Ben Gvir – une bonne nouvelle pour beaucoup! – et remis en lumière les tensions en Cisjordanie, notamment dans la région de Jénine, où la vie oscille entre attentats et opérations militaires. La situation y est plus explosive que jamais. |
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| Affiche appelant à la libération de l’otage Karina Ariev, sur laquelle a été ajoutée une bannière : ‘Il reste encore 90 otages’, suite à sa libération le 25 janvier 2025. |
A Nir-Oz avec Hadas Kalderon Au cours du mois de janvier, j’ai accompagné Hadas Kalderon dont les enfants ont été kidnappés par le Hamas et libérés au bout de 52 jours, le mari également kidnappé et libéré le 1er février et la mère et la nièce tués le 7 octobre. Je dois avouer que, de ma vie, je n’ai jamais rencontré une personne aussi forte, résiliente et combattante. Cela faisait 2 mois que je travaillais sur le sujet et que je souhaitais trouver un moyen de parler, à travers la réalisation d’une mise en scène, de ce massacre qui a, à jamais, changé Israël et Gaza. Hadas m’a proposé de l’accompagner, avec Guila, à Nir Oz, là où le drame a eu lieu. C’est un moment que j’espérai et redoutai à la fois. Lorsque Guila m’a dit qu’on partait pour Nir Oz, je n’ai pas dormi de la nuit, entre cauchemars et appréhension de ce que j’allais voir et du témoignage que j’allais entendre. Le 7 octobre 2023, le kibboutz de Nir Oz, situé près de la frontière avec Gaza, a subi une attaque dévastatrice par des militants du Hamas. Selon les informations disponibles, 46 résidents ont été tués lors de cette attaque. De plus, 71 habitants ont été enlevés et emmenés à Gaza. Parmi ces otages, certains ont été libérés lors de trêves ultérieures, tandis que d’autres sont malheureusement décédés en captivité. À ce jour, plusieurs résidents de Nir Oz restent portés disparus ou sont toujours détenus à Gaza. Un quart de la population du kibboutz a été tuée ou kidnappée. |
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| L’allée menant au réfectoire du kibboutz, bordée des photos de tous les otages capturés par le Hamas. |
En arrivant sur place j’ai été saisi par l’odeur de brûlé, une grande partie des habitations a été entièrement détruite par les flammes. Hadas nous a emmené en premier dans les ruines de la maison de sa mère dont elle avait appris le décès plusieurs jours après l’attaque. Elle a été tuée avec sa petite-fille trisomique, la nièce de Hadas, qui avait à peine 12 ans. Leurs corps ont été trouvés près de la frontière de Gaza. |
![]() La maison de la mère de Hadas Kalderon, située dans le Kibbutz de Nir-Oz, entièrement détruite et incendiée après l’assassinat de Hadas et de sa petite-fille de 12 ans le 7 octobre.Ensuite, Hadas nous a conduit dans la maison de son ex-mari, Ofer Kalderon, là où il a été capturé avec deux de ses enfants Sahar et Erez, agés de 16 et 12 ans. La maison était partiellement brûlée et totalement pillée avec de nombreux tags sur les murs. Hadas nous a raconté comment ils ont été kidnappés après plusieurs heures cachés dans les buissons. Pendant cette période Hadas était dans son mamad, chez elle, elle nous a dit qu’elle savait ses enfants entre de bonnes mains avec leur père. Elle a été sauvée par une personne du kibboutz qui lui a permis de s’échapper. ![]() Hadas Kalderon devant la maison de son ex-mari, Ofer Kalderon, montrant des photos de ses enfants et d’Ofer, qui ont été otages du Hamas pendant respectivement 52 et 484 jours. ![]() |
| L’intérieur de la maison de Ofer Kalderon, complètement saccagée et incendiée. |
A la fin de la journée, Hadas nous a emmenée chez elle, tout était saccagé mais la maison n’était pas brûlée. Elle compte s’y installer de nouveau. Quand nous étions là-bas, nous avons vu des habitants commencer à dégager les gravats, nettoyer les routes, espérant avoir les financements pour tout reconstruire. La plupart des habitants vivent encore à Eilat, Tel-Aviv ou encore Ashdod. Cette journée a été traumatisante et profondément humaine, nos sentiments étaient très contraires. Mais, nous avons eu le lendemain une merveilleuse nouvelle, Ofer Kalderon a été libéré avec deux autres otages. |
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| Hadas Kalderon devant sa maison, pillée mais non brûlée. Des inscriptions militaires sur le mur témoignent du passage de l’armée et de l’état de la maison. À droite, la chambre de son fils, Erez, âgé de 12 ans lors de l’attaque du Hamas. |
Conclusion Ce mois de janvier a été une succession d’attentes interminables, de tensions extrêmes, de joies et de douleurs. Dans la prochaine newsletter, je vous plongerai au cœur de la religion juive, à travers le portrait d’un rabbin de Yeshiva, d’un jeune juif laïc devenu Loubavitch et de religieux cherchant à remettre dans le droit chemin de jeunes colons violents en Cisjordanie. Je vous parlerai également du profond traumatisme provoqué par la tragédie de la famille Bibas. Yalla Yalla. |
Nouvelle aventure en Israel / Newsletter 4
Publié le 7 avril 2025 | pas de réaction
| Pour le dernier volet de notre trilogie Cuba/Japon/Israël, que nous réalisons en ce moment en Israël, je vais vous envoyer chaque mois une newsletter vous décrivant nos pérégrinations. Voici la quatrième qui est également parue dans le magazine 9Lives. Liens vers la première, vers la deuxième et la troisième. Shalom, shalom! A l’heure où le langage des bombes tente de régler les conflits un peu partout dans le monde, je vous souhaite une année 2025 placée sous le signe de l’espoir et de la paix et d’un monde plus fraternel. Cette nouvelle newsletter revient sur la période que nous avons vécue entre fin novembre et fin décembre. Ce mois a été très intense, ma newsletter sera un peu plus longue que d’habitude. ![]() Je vous souhaite une année 2025 placée sous le signe de l’espoir et de la paix. Rencontre avec les Kinés du Cœur, aux portes de Gaza Comme mentionné dans ma précédente newsletter, j’ai rencontré Didier et les membres des Kinés du Cœur, une association qui aide les militaires actuellement sur le front en leur prodiguant des soins tels que la kinésithérapie, la sophrologie, l’ostéopathie, l’aromathérapie ou encore la chiropractie. Nous sommes allés dans un camp situé en bordure de Gaza, où de nombreux soldats se préparaient à partir pour le front ou en revenaient. Au cœur d’une guerre interminable et dévastatrice, j’ai rencontré de jeunes soldats profondément affectés par leur mission, pour qui l’intervention des Kinés représente un réconfort précieux. ![]() Les Kinés du Coeur en train de réconforter des soldats à la frontière de Gaza. ![]() Un char israélien partant à Gaza. / Un soldat d’un camp en bordure de Gaza surveillant la frontière. Découverte des Circassiens : une culture entre traditions et intégration Juste après, je suis parti avec Guila à la rencontre de Zuher et des Circassiens, une petite communauté d’origine caucasienne principalement installée dans les villages de Kfar Kama et Rehaniya. Ils ont été déplacés au XIXᵉ siècle suite à la conquête russe du Caucase, durant laquelle plus de deux millions d’entre eux ont été massacrés dans une immense épuration ethnique. Les Circassiens ont adopté l’islam comme religion tout en préservant leur culture unique et leur langue, l’adyguéen. En Israël, ils sont connus pour leur loyauté envers l’État et leur engagement à maintenir leurs traditions ancestrales. ![]() Ruelle du paisible village circassien de Kfar Kama. / Le drapeau circassien flottant au-dessus du musée de l’histoire circassienne. Voyage au cœur de la vie des Druzes du Golan Avec David, à l’annonce du cessez-le-feu avec le Hezbollah, nous avons décidé de partir au début du mois de décembre à la frontière nord pour aller à la rencontre des Druzes du Golan. Le jour de notre arrivée, nous avons appris que Bachar Al-Assad venait de tomber. Nous avons ainsi été plongés au cœur de l’actualité avec l’arrivée massive de l’armée israélienne à la frontière syrienne, son entrée dans la zone tampon, et les manifestations de joie des Druzes, soulagés de voir disparaître ce régime barbare, bien qu’incertains face à ce que réservera le nouveau gouvernement islamiste. Depuis 1967 et la guerre des Six Jours, une partie du plateau du Golan est passée sous contrôle israélien, cette partie a été annexée en 1981. Pour la petite histoire, Donald Trump l’a reconnu comme territoire israélien en 2019, au point qu’une colonie et un mont portent son nom ! ![]() La frontière israélo-syrienne dans le village de Majdal Shams. C’est de chaque côté de cette frontière, sur ces collines, surnommées les collines des cris, que les familles Druzes séparées par la guerre des Six Jours et vivant de chaque côté de la frontière se parlaient pendant des décennies à l’aide de mégaphones. ![]() Rassemblement druze dans le village de Majdal Shams pour célébrer la fin du régime de Bachar al-Assad et rendre hommage aux victimes de son régime.Nous avons passé plusieurs jours à Majdal Shams et Kiryat Shmona avec deux Druzes d’une vingtaine d’années, Shadi et Salman. Les Druzes du Golan se distinguent des Druzes du nord d’Israël dont je vous parlerai dans une prochaine newsletter. Certains demandent aujourd’hui la citoyenneté israélienne, alors que d’autres se sentent encore syriens. Leur situation est hautement complexe et évolue avec les générations. Depuis la chute de Bachar Al-Assad, certains Druzes habitants en Syrie souhaitent même que leur village devienne israélien. ![]() Avec Salman, juste après la réalisation de la mise en scène de son histoire. La guerre avec le Hezbollah les a durement affectés. En juillet dernier, l’une de leurs roquettes a explosé sur un terrain de football dans le village de Majdal Shams, tuant 12 enfants et blessant 30 personnes. ![]() Le terrain de football de Majdal Shams où une roquette du Hezbollah a explosé tuant 12 enfants et faisant 30 blessés. La douleur est toujours très présente dans le village. Lors de notre traversée du Golan, nous avons croisé de nombreux anciens camps syriens en ruine et même exploré un faux village palestinien spécialement créé pour servir de camp d’entraînement militaire à l’armée israélienne. ![]() Camp d’entraînement de Tsahal ressemblant à un village palestinien dans le Golan. Photo @David Kashtan. Frontière libanaise : une traversée inattendue et de belles rencontresAprès notre séjour chez les Druzes du Golan, nous avons longé la frontière libanaise en traversant plusieurs villages. Sans le savoir, nous avons fini par entrer au Liban, dans le village de Ghajar, partagé entre Israël et le Liban. En franchissant un deuxième checkpoint, que nous avions pris pour un simple contrôle routier, nous avons traversé la frontière sans nous faire arrêter. Ce n’est qu’en apercevant les guérites de l’ONU que nous avons compris la situation. Un agent nous a rapidement escortés hors de la ville. Pour quelqu’un qui s’intéresse à la notion de frontière, cette expérience a été particulièrement intéressante. ![]() Zone grise dans le village de Ghajar peuplé de Syriens alaouites. Ce village, autrefois syrien, est à la fois en Israël et au Liban. Après la guerre des Six Jours, ses habitants ont préféré vivre sous la souveraineté d’Israël que du Liban. Le village n’est pas coupé en deux mais est situé en partie en Israël et en partie au Liban selon l’ONU. Sur la photo vous pouvez voir une guérite de l’ONU dans un ravin en contrebas de la rue principale. A l’arrière plan vous pouvez apercevoir des maisons libanaises servant de point de départ à des tunnels du Hezbollah. Tout au long de notre trajet, les stigmates de la guerre étaient visibles : une forte présence militaire, des villages en grande partie désertés, et un calme étrange planant sur ces lieux où la majorité des habitants n’a pas encore pu revenir. C’est dans le village d’Arab al-Aramshe que nous avons enfin pu échanger avec des résidents. Ce village arabe, durement touché par les tirs de roquettes et d’armes antichars, a vu ses habitants se réfugier à Nazareth pendant le conflit. Pourtant, beaucoup ont choisi de revenir rapidement, malgré les dangers. Leurs récits, empreints de courage et de résilience, nous ont profondément marqués. Nous prévoyons d’y retourner prochainement pour mieux comprendre leur vécu et leur réalité quotidienne. ![]() Checkpoint à l’entrée de Ghajar. / Un bout du mur de la frontière israélo-libanaise. Les Refuzniks : un engagement courageux pour leurs convictionsDe retour à Tel-Aviv, nous avons rencontré une Refuznik, une jeune transgenre de 17 ans, prête à risquer la prison pour son refus de faire son service militaire. Elle m’a parlé des répercussions que ce choix pourrait avoir sur son avenir et m’a raconté son combat. Je prépare prochainement une photo avec un autre Refuznik, qui lui a déjà purgé plusieurs mois de prison. Zakie, un Bédouin face à l’effondrement du tourisme En décembre, nous avons également rencontré Zakie, un Bédouin du Mont Thabor dont l’entreprise de transport touristique est à l’arrêt depuis la guerre. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il jongle entre ce métier et un emploi d’agent de sécurité. Il croit en l’avenir d’Israël et reste positif malgré la période difficile qu’il vit. Entre le Covid-19 et le conflit, le tourisme s’est effondré, entraînant avec lui une partie importante de l’économie. Israël est aujourd’hui le pays de l’OCDE comptant le plus grand nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. ![]() Avec Zakie devant son entreprise de transport touristique, aujourd’hui à l’arrêt, après la réalisation de la mise en scène. Kibboutz autour de Gaza : une douleur abyssaleAvec Guila, nous avons commencé à aborder le sujet très sensible du 7 octobre dans les kibboutz situés le long de la bande de Gaza. Ce jour, gravé à jamais dans la mémoire collective d’Israël, a été marqué par des attaques d’une violence inouïe qui ont frappé plusieurs kibboutz autour de Gaza, provoquant un traumatisme national profond. Pour mieux « comprendre » ces évènements, nous avons décidé de partir à la rencontre des survivants qui, aujourd’hui, tentent de se reconstruire.Nous avons d’abord rendu visite à Ruthi et Maymon, un couple du kibboutz Tze’elim, situé à proximité de la bande de Gaza. Bien que leur kibboutz ait été moins durement touché que d’autres, ses habitants portent le poids des traumatismes de leurs voisins qui y ont trouvé refuge. Ruthi nous a raconté avec émotion cette journée tragique, tout en soulignant l’importance cruciale de la solidarité qui unit leur communauté. Maymon, quant à lui, a évoqué les défis logistiques, psychologiques et émotionnels auxquels ils font face depuis le 7 octobre.Grâce à leur aide, nous avons pu planifier une future visite dans les kibboutz de Nir Oz et Be’eri, parmi les plus meurtris par ces attaques. Ces lieux, encore fermés pour des raisons de sécurité et de reconstruction, restent empreints d’un silence lourd de sens. Une nouvelle menace : les missiles hypersoniques du Yémen En parallèle, alors que nous espérions que le cessez-le-feu instauré avec le Hezbollah apporterait un répit, une nouvelle menace est apparue. Les Houthis du Yémen, considéré comme l’un des bras armés de l’Iran dans la région, a intensifié ses attaques. Des missiles balistiques hypersoniques, particulièrement difficiles à intercepter, ont été tirés sur Israël, provoquant des réveils en sursaut presque chaque nuit à Tel-Aviv, entre 2h et 3h du matin, pendant plusieurs semaines. Bien que technologiquement avancé, le Dôme de fer a parfois eu du mal à neutraliser certaines de ces menaces. Heureusement, aucune perte humaine n’a été à déplorer, mais une école a été entièrement détruite et un parc pour enfants, situé à proximité de notre domicile à Jaffa, a également été touché. Ces événements ajoutent une tension quotidienne, même loin du front. Au total 40 missiles et 320 drones ont été lancés. ![]() L’école détruite par un missile du Yémen, située à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv. / Un parc, près de chez nous à Jaffa, également détruit par un missile du Yémen. (Photo : Heidi Levine). Des vacances de Noël sur les traces de Jésus Sur une note plus légère, décembre est un grand mois de vacances et de célébrations. En plus de Noël et du jour de l’An, nous avons également célébré Hanoukka, une fête lumineuse et joyeuse marquée par l’allumage des bougies chaque soir. Cette année, avec Olivia et les enfants, nous avons décidé de partir sur les traces de Jésus, explorant des lieux emblématiques en Israël et en Cisjordanie.Notre périple a débuté à Nazareth, où nous avons visité la majestueuse Basilique de l’Annonciation, édifiée sur le lieu où Marie a répondu “oui” à l’archange Gabriel. Nous nous sommes également rendus au puits où l’archange lui serait apparu pour la première fois, ainsi que dans les soubassements du couvent des sœurs de Nazareth qui abritent des vestiges fascinants : la maison où Jésus aurait grandi, un village antique, et même le tombeau supposé de Joseph. ![]() Grotte de l’Annonciation où Marie a dit “oui” à l’archange Gabriel. / Le tombeau présumé de Joseph sous le couvent des sœurs de Nazareth. Nous avons ensuite pris la route vers Megiddo, lieu associé dans la tradition biblique à l’Armageddon, avant de poursuivre vers le lac de Tibériade. Là, nous avons exploré Capharnaüm, lieu où Jésus trouva refuge après sa traversée du désert et où il vécut une grande partie de son ministère en Galilée, ainsi que Tabgha, site des miracles de la multiplication des pains et des poissons. À proximité, nous avons visité le lieu où Pierre bâtit la première église, avant de gravir le Mont Thabor, lieu de la Transfiguration du Christ. Nous en avons également profité pour visiter la magnifique ville de Saint-Jean-d’Acre, l’une des plus anciennes villes au monde. ![]() La ville de Capharnaüm où se situe la Maison de Saint Pierre, sur la rive nord du lac de Tibériade. Jésus s’y est rendu pour y vivre après l’arrestation de son cousin, Jean le Baptiste. Après quelques jours à Tel-Aviv, nous avons continué nos explorations en Cisjordanie, visitant Hérodion puis Bethléem. En chemin, nous avons traversé le checkpoint de Gilo Junction et longé l’imposant mur de séparation, une structure perçue par certains comme une barrière de sécurité et par d’autres comme un symbole de division et d’enfermement. À Bethléem, après avoir pris un thé au Walled Off Hotel de Banksy et inscrit des messages de paix sur le mur avec les enfants, nous avons visité la Basilique de la Nativité et la grotte où Jésus est né.Nous avons choisi de célébrer Noël à Jérusalem-Est, dans l’église du monastère Saint-Sauveur, où nous avons rejoint la communauté arabe chrétienne pour une messe empreinte de ferveur et d’émotion. ![]() Vue de la Cisjordanie depuis les hauteurs de Hérodion, la cité du roi Hérode, érigée au 1er siècle avant J.C. Les ruines de la cité se situent à 6 km au sud de Bethléem, en Cisjordanie. ![]() L’hôtel Walled Off de Banksy situé en face du mur de séparation de Bethléem sur lequel les enfants sont en train d’écrire un message de paix. ![]() Célébration de la messe de Noël dans l’église du monastère Saint-Sauveur à Jérusalem Est. Plongée dans le Jourdain : entre foi et frontière Quelques jours plus tard, nous avons traversé la Cisjordanie d’ouest en est pour aller à Kasser al Yahoud, lieu où Jésus a été baptisé. Chargé d’histoire et de spiritualité – c’est aussi ici que le prophète Elie est monté aux cieux dans un chariot de feu et que le peuple juif est rentré en Terre Promise lors de l’Exode hors d’Egypte – cet endroit est également une frontière : d’un côté, la Jordanie ; de l’autre, Israël et la Cisjordanie. Les soldats qui surveillent la frontière ajoutent une dimension quelque peu surréaliste à cet endroit biblique. Hugo et moi avons profité de l’occasion pour nous immerger partiellement dans le fleuve. Petite anecdote : j’avais déjà eu l’occasion de me plonger dans les eaux du Jourdain, mais depuis la rive jordanienne.Sur la route, nous avions prévu de visiter le monastère Saint Jérôme, et celui de la Tentation, mais notre itinéraire a été soudainement interrompu. La route était bloquée, et un homme issu d’une colonie juive s’est approché pour savoir ce que nous faisions là. Lorsque je lui ai expliqué nos intentions, il m’a affirmé que nous ne pouvions pas continuer en raison de la guerre. Cette explication nous a laissés perplexe. Face à l’impossibilité d’avancer, nous avons finalement rebroussé chemin et décidé d’aller découvrir le monastère Saint Gérasime. ![]() Le lieu du baptême du Christ, Kasser al Yahoud, où le Jourdain sert de frontière entre Israël, la Cisjordanie et la Jordanie. Exploration du désert du Néguev Nous avons poursuivi notre chemin en descendant la Cisjordanie le long de la Mer Morte vers le désert du Néguev israélien où ses magnifiques canyons aux roches rouges, baignés dans la lumière douce et dorée de l’hiver, offraient un spectacle envoûtant. Nous avons passé cinq jours dans ce décor majestueux entre balades, escalade et découverte de la vie en kibboutz. Notre voyage s’est terminé à Eilat, où nous avons célébré le passage à la nouvelle année, avant de retourner chez nous, à Tel-Aviv, en longeant la frontière égyptienne. Yalla Yalla ! ![]() Hugo passant à travers une arche dans une falaise du Néguev. / Vue impressionnante sur le Néguev depuis les hauteurs d’une falaise du parc national de Timna. ![]() Alma, Hugo et Thao jouent les explorateurs dans d’anciennes mines de cuivres égyptiennes. / Alma faisant une arabesque devant les imposants piliers du Roi Salomon. ![]() Route longeant la frontière égyptienne dans le désert du Néguev. |


















































































